Parmi les idées reçues tenaces autour de l’improvisation théâtrale, il y a celle qu’il faudrait « avoir des idées » (et surtout de « bonnes idées ») pour improviser. Combien de fois entendons-nous : « Je ne peux pas faire d’improvisation, je n’ai pas d’imagination ! » Faux.
D’abord, tout le monde a de l’imagination. Mais surtout, l’improvisation n’est pas une question d’idées à trouver, ni d’originalité à démontrer. Elle repose avant tout sur notre capacité à être présent, à écouter, à ressentir et à réagir.
L’illusion de la « bonne idée »
Le débutant qui arrive dans un atelier découvre rapidement qu’il n’a pas besoin d’avoir une idée préconçue pour entrer dans une scène. Au contraire, s’accrocher à une « bonne idée » peut devenir un piège.
Le joueur expérimenté le sait : l’idée brillante, tellement audacieuse qu’on brûle d’envie de la placer, devient souvent un marqueur de contrôle. Plus elle est travaillée, plus elle risque de couper la connexion avec le partenaire. L’impro n’est plus alors une co-construction, mais une tentative d’imposition. Et plus une idée est imposée, moins il reste de place pour l’intelligence collective.
L’art de suivre les impulsions
En improvisation, ce que l’on recherche ce ne sont pas des idées mais des impulsions.
Impulsions de l’autre : écouter vraiment, observer, percevoir ce qui se joue. L’écoute active devient alors le moteur de la scène.
Impulsions de mes émotions : laisser venir ce que je ressens, plutôt que ce que je pense. Un regard qui me touche, une colère qui surgit, une joie spontanée : tout cela nourrit le jeu.
Impulsions sensorielles et environnementales : un bruit inattendu, une lumière, un objet qui tombe, la couleur d’un décor, une musique au loin. Les « accidents » deviennent des cadeaux scéniques.
Improviser, c’est être disponible à soi, à l’autre et au monde. C’est se libérer de la pression de l’idée pour plonger dans l’instant. C'est ce que nous tentons de transmettre à nos "écoliers" dans le cadre des ateliers hebdomadaires de l'école Tadam à Mulhouse et Colmar.
Pourquoi cela résonne dans l’entreprise ?
Dans le monde de l’entreprise, cette logique prend tout son sens. Ce n’est pas celui qui a « la meilleure idée » qui crée la cohésion dans une équipe, mais celui qui sait écouter, réagir et construire avec les autres.
L’improvisation théâtrale entraîne la disponibilité à l’autre, développe l’écoute active, renforce la cohésion et favorise la créativité partagée. Elle apprend à lâcher le contrôle, à transformer l’imprévu en opportunité et à faire confiance à l’intelligence collective.
C’est pourquoi de plus en plus d’entreprises intègrent l’impro dans leurs formations. Elle devient un véritable outil de développement personnel et collectif, de consolidation des softskills, où chacun apprend à mieux se connecter à ses émotions, à lâcher prise, à exprimer son authenticité et à collaborer sans se couper des autres.
Faut-il vraiment « couper le cerveau » ?
Dans les ateliers d’improvisation, on entend souvent : « Coupez le cerveau ! » Bien sûr, notre cerveau est utile : il construit, il invente, il colore nos personnages. Mais il devient nocif s’il nous coupe de nos partenaires.
La créativité n’est pas seulement dans la tête : elle est aussi dans le corps, dans la voix, dans le mouvement, dans les émotions. L’impro est avant tout une discipline collective, où l’essentiel n’est pas d’être le plus inventif, mais d’être le plus disponible, connecté et généreux.
En résumé : Improviser, ce n’est pas chercher l’idée parfaite. C’est accueillir les impulsions, se laisser surprendre, et construire ensemble. C’est une école de l’instant, du lâcher-prise et de la connexion. Et c’est pour cela qu’elle est aussi puissante, que ce soit sur scène ou dans l’entreprise.
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